Fils d'Ariane


 

François et Marie Mercier :

un engagement humaniste dans la lutte contre la tuberculose

L’Association CLIOSTO a organisé le 19 septembre 2003 un colloque à Tronget (Allier) sous le patronage de l’Association Régionale pour l’Étude de l’Histoire de la Sécurité Sociale en Auvergne et de la Société Française d’Histoire des Hôpitaux.

La première partie a été assumée par Olivier Faure, Professeur à l’Université de Lyon III qui a présenté le cadre national de la lutte contre la tuberculose et le Docteur Alain Tourreau concernant l’évolution des traitements médicaux.

La deuxième partie a permis à cinq intervenants de relater les conditions de création et de fonctionnement des sanatoriums départementaux de Tronget et de Rocles.Pierre Daumin, Ingénieur ECP, a présenté la conception architecturale et le Docteur Pierre Allégraud évoqué la vie quotidienne aux  "sanas".

Les contributions de Paulette Beaupère, Pierre Mazières et la mienne vous sont présentées dans les pages qui suivent.

Le Président,

P. BORDES

 

LES FONDATEURS DES SANATORIUMS DE L’ALLIER de TRONGET et de ROCLES

Pierre Bordes

Association Régionale pour l’Étude de l’Histoire de la Sécurité Sociale en Auvergne

Au début du 20ème siècle, le Conseil Général de l’Allier a évoqué à plusieurs reprises la nécessité de créer un établissement pour héberger et soigner les tuberculeux. La Belle Époque, c’est ici aussi, l’époque "des poitrinaires". La lutte contre la tuberculose va devenir une véritable croisade.

La Grande Guerre de 1914-1918 aggrave la situation. Elle oblige les pouvoirs publics à intervenir d’une façon plus active dans le domaine de la Santé Publique. Les locaux  de l’hôpital de Gayette à Montoldre sont très insuffisants pour recueillir les soldats en provenance du Front, blessés, gazés et tuberculeux.

En 1916, la commission administrative de l’hôpital du Montet décide de proposer "la construction d’un établissement hospitalier qui serait un sanatorium militaire en temps de guerre et qui deviendrait ensuite un hôpital". Le projet du Sanatorium Bourbonnais prend progressivement corps. François Mercier, devenu maire de Tronget, va engager son conseil municipal le 15 octobre 1916 à accorder une subvention de 1.600 F pour permettre de réaliser les premières études. De son côté, le Conseil Général vote une subvention de 75.000 F lors de sa séance du 17 avril 1917. Paul Constans, Député-Maire socialiste de Montluçon, rapporteur du projet, en devient un énergique défenseur.

L’année 1917 est une terrible année de guerre ; l’action de François Mercier va alors être décisive. Devenu le patron d’une grande entreprise de travaux publics, il participe aux grands travaux de la Défense Nationale et n'hésite pas à se déplacer près du Front. La fondation du sanatorium de Tronget devient son "œuvre". Il est aidé pour la mener à bien par le Comité de l’œuvre du Sanatorium Bourbonnais. Après son décès en 1920, son épouse Marie veille au bon fonctionnement de l’établissement et va même en créer un nouveau à Rocles.

I . UN BIENFAITEUR PROVIDENTIEL : François MERCIER

 

François Mercier naît à Tronget le 2 février 1858 et décède à Paris le 3 avril 1920. Son mariage avec Marie-Anne Coulignon est célébré à Tronget le 2 août 1884. Enfant de Tronget, il quitte tôt l’école primaire pour travailler dans l’entreprise familiale avec son père "modeste entrepreneur de routes et de travaux publics". A son retour du service militaire effectué au Premier Régiment du Génie à Versailles, il développe l’entreprise. A côté de ses activités professionnelles, il aime agir en bienfaiteur public. Il a financé sur ses propres deniers de nombreuses réalisations dans sa commune natale. M. Echégut, le maire de l’époque, écrira en 1907 au Préfet de l’Allier pour appuyer sa demande de Légion d’Honneur : "sa bourse est toujours largement ouverte à toutes les infortunes et à toutes les causes politiques républicaines pour lesquelles il est sollicité".

Dès 1916, il s’intéresse au projet de sanatorium bourbonnais, son action sera décisive pour la construction de l’établissement de Tronget.

Une délibération du Comité de l’Oeuvre du 30 janvier 1918, déposée aux Archives Départementales de l’Allier relève que "M. Mercier a offert au titre d’une œuvre de guerre selon la loi du 30 mai 1916 à titre de souscription particulière les sommes nécessaires aux acquisitions du terrain".

Pour son geste généreux, le Comité décide à l’unanimité "d’adresser ses plus chaleureux remerciements à Monsieur et Madame Mercier pour s’être associés à une aussi magnifique souscription à l’ œuvre humanitaire poursuivie par le Comité. A ce titre, ils ont droit à toute la gratitude de la population bourbonnaise".

L’entrepreneur expérimenté.

C’est un entrepreneur de travaux publics reconnu au plan national. Il a largement fait ses preuves et possède l'art de construire et de conduire des opérations innovantes. Sa collaboration avec l'ingénieur Eugène Freyssinet en est une démonstration éclatante, particulièrement lors des réalisations des ponts en béton au Veurdre en 1911, à Vichy en 1912, à Chatel de Neuvre en 1914.

Il a un savoir-faire reconnu dans le domaine de la construction des lignes de chemin de fer tant au niveau des grandes compagnies nationales que des compagnies du Chemin de Fer Économique.

Il construit en Saône et Loire le sanatorium départemental de La Guiche qu’il inaugure en présence du ministre de l’Intérieur le 1er septembre 1918. Cette réalisation inspire François Mercier. Elle va servir de référence au projet de Tronget.

L’expérience acquise et les relations tissées constituent des atouts qu’il va utiliser dans l’intérêt général de la commune de Tronget, du département de l’Allier et de son entreprise.

L’homme de relations.

François Mercier a travaillé dans plusieurs régions de France et au Portugal. Il s’est installé au début du siècle à Paris dans un bel immeuble situé au 87 de la Rue Saint Lazare. Il a ressenti la nécessité de s’établir près des instances nationales des décideurs et des donneurs d’ordre. Il y établit les sièges sociaux de son entreprise et de ses filiales et se rapproche ainsi des directions des compagnies de chemin de fer et des ministères financeurs. L’arrivée de la guerre va lui donner encore une nouvelle dimension. Il va collaborer avec les œuvres de la Défense Nationale ;il engage son entreprise sur le Front, notamment pour reconstruire des voies de chemin de fer, des tunnels et des ponts. Il établit de nombreux contacts avec les responsables politiques et du monde industriel au plus haut niveau. Il connaît particulièrement le chef du gouvernement Georges Clémenceau. Celui-ci est même invité au mariage de sa nièce préférée Suzanne Coulignon, mais il déclinera l’invitation au dernier moment.

Il faut aussi relever qu’il est membre depuis vingt ans du puissant Syndicat des Travaux Publics de France et qu’il siège à son Conseil d’Administration. Son Président national, Pierre Graveron, viendra en personne prononcer son éloge funèbre lors des obsèques à Tronget.

François Mercier est un homme d’influence au niveau national. Il a manifestement permis de faire avancer le projet de sanatorium. C’était l’homme providentiel pour le mener à bien.

Pour hâter la construction, il charge son ami Talbourdeau l’architecte montluçonnais de préparer les premiers plans. Ce choix n’est pas dû au hasard. Une collaboration s’est déjà établie entre eux pour la construction du groupe scolaire de Tronget. La réputation de cet homme de l’art est bien établie, il vient de réaliser à Montluçon le nouvel Hôtel de Ville et les casernes. Les plans établis pour  la construction du sanatorium de La Guiche seront adaptés, l’entreprise Mercier les connaît bien et ils ont reçu l’accord des pouvoirs publics.

 

II . Un maître d’ouvrage : LE COMITE D'OEUVRE

Le modèle associatif défini par la nouvelle loi de 1901 va être utilisé pour rassembler les bonnes volontés du département.

Une association est créée le 17 septembre 1917 à la Préfecture de l’Allier à Moulins. Elle est déclarée sous l’intitulé de Comité de l’Oeuvre du Sanatorium Bourbonnais. Le préfet Maestracci en impulse fortement sa mise en place avec son collaborateur Paul Baer. Ce dernier, conseiller de préfecture, deviendra un spécialiste dans le domaine du sanitaire et du social.

Les buts de la nouvelle association sont fixés dans l’article premier des statuts:

"Organiser un sanatorium dans la région du Montet à l’usage des militaires réformés pour tuberculose et tous autres tuberculeux résidant dans l’Allier"

Il convient de relever que le lieu d’implantation n’est pas encore déterminé et que la priorité est donnée aux militaires réformés.

Les membres fondateurs comportent douze personnalités :

-            deux grands industriels de Montluçon,

-            trois conseillers généraux,

-            un député,

-            trois représentants d’associations,

-            un administrateur de l’hôpital du Montet,

-            un représentant du préfet et François Mercier entrepreneur et Maire de Tronget .

Le bureau dirigeant comprend cinq membres. La présidence échoit à Léon Lévy, Directeur Général des usines Saint Jacques de Montluçon. Les deux-vices présidences reviennent au Docteur Baratier, représentant du Conseil Général et au patron de la Verrerie de Montluçon Ducher de la Tourfondue. Pierre Fanjoux, ingénieur des Ponts et Chaussées, administrateur de l’hôpital du Montet et Paul Baer représentant du préfet, deviennent à part entière membres de ce bureau. L’association assure la gestion du projet de construction, elle en est le concessionnaire. Au nom du département, elle effectue les formalités administratives, recherche les financements, lance une souscription publique. Paul Baer a joué un rôle majeur dans le suivi et la bonne administration du chantier, il en rend régulièrement compte au préfet. François Mercier n’assure aucune responsabilité au niveau du bureau de l’association car il est prévu que son entreprise réalise la construction.

Le comité de l’Oeuvre du Sanatorium Bourbonnais procède ainsi à l’achat des parcelles de terrains. Les actes ont été transcrits au service des hypothèques de Moulins.

Le premier concerne une partie du domaine des Chéreux : le Pré Bodreux, le Champ de la Faye, le Meillet, le champ du Lac. La vente fût réalisée par M. Charles Thonier le 3 février 1918 pour une superficie de 17 hectares 10 ares 87 centiares au prix de 40.000 F.

Le second acte a lieu le 15 février 1918, il concerne des parcelles du domaine de Clémentières, appartenant à M. Pelissier de Féligonde, d’une superficie de 8 hectares 8 ares 85 centiares pour un prix de 10.000 F.….

La troisième acquisition est réalisée par un acte du 21 avril 1918, elle concerne une parcelle propriété de Mme Françoise Lurat, située aux Combres d’une superficie de 75 ares 85 centiares au prix de 1.517 F.

Enfin, le quatrième acte est signé le 6 janvier 1919. Il s’agit d’une parcelle de terre et de bois au domaine de la Vignolle appartenant à Mme Marie de Fricon, d’une surface de 1 hectare 99 ares 9 centiares pour le prix de 3.791 F.

Ainsi, au 6 janvier 1919, le Comité de l’Oeuvre du Sanatorium Bourbonnais était devenu propriétaire de 27 hectares 93 ares 96 centiares, soit 279.000 m² pour un prix de 55.308 F (soit en valeur 2001 : 59.462 euros où 390.049 F).

L’entreprise Mercier avait commencé les travaux de terrassement dès janvier 1918. La construction fut achevée au mois de juin 1921.

La dissolution du comité intervient lors de la remise de l’établissement au Conseil Général en 1921.

III. UNE FEMME ACTIVE ET GÉNÉREUSE : MARIE MERCIER

 

Marie Anne voit le jour à Tronget le 5 février 1865. Elle est la fille de Vincent Coulignon entrepreneur de travaux publics. A l’âge de 19 ans, elle épouse François Mercier. Son décès se produit lors de son séjour d’hiver dans sa maison de Nice le 3 mars 1933, quelques mois après son 68ème anniversaire. Elle repose au cimetière de Tronget dans le monument funéraire édifié après le décès de son mari.

Donatrice généreuse, elle agit aussi avec ténacité pour assurer un bon démarrage au sanatorium de Tronget et réaliser la construction d’un nouvel établissement à Rocles, destiné aux femmes tuberculeuses.

Dès 1922, elle préside la commission de surveillance du sanatorium de Tronget qui a pris le nom de son mari. Elle construit à ses frais un nouveau pavillon d’une dizaine de chambres pour l’hébergement du personnel et en 1924 une étable pour 10 vaches, afin d’assurer un approvisionnement suffisant en lait. Elle offre régulièrement des cadeaux pour les fêtes de Noël, ainsi que des dons en espèces (1.000 F pour la fête du second anniversaire). Le premier poste de TSF est aussi un don de sa part. Manifestement, Marie Mercier veut poursuivre et amplifier l’œuvre bienfaitrice de son mari. Durant la belle saison, elle revient résider dans son imposante villa à Tronget. Elle participe activement entre les mois d’avril et d’octobre aux réunions du comité de surveillance.


Si Pierre Fanjoux et Paul Baer veillent de très près au bon fonctionnement, elle s’en tient informée et participe à la visite des locaux ; ainsi le 15 mai 1923, elle goûte à la nourriture des malades, le repas préparé est déclaré excellent, le menu était composé de thon à l’huile, veau aux champignons, purée de pois, confiture et gâteaux secs.

Quelques années avant sa mort, elle décide de s’engager dans la construction d’un nouveau sanatorium féminin de 100 lits. A Rocles, les terrains situés au lieu-dit Murateau font l’objet d’une expropriation par jugement du 20 février 1931. Le préfet, lors d’une intervention devant le Conseil Général, annonce solennellement : "l’armement sanitaire antituberculeux va être complété grâce à la générosité de Mme François Mercier qui a décidé de construire un sanatorium dont elle ferait ensuite remise au département". Le  projet est réalisé. Marie Mercier décède juste avant la fin du chantier. C’est finalement le 6 juillet 1933 que M. Dartin, son exécuteur testamentaire, remet les bâtiments au département de l’Allier

Dans son rapport annuel de 1933, le médecin directeur, le Docteur Chantepie informe la commission de surveillance de son dernier geste généreux : "elle a cru devoir couronner ses nombreuses libéralités en faveur du sanatorium par un legs d’un montant de 300.000 F", soit 1,086 millions de francs en francs constants à ce jour.

Marx Dormoy, Président du Conseil Général et futur ministre, appréciait l’œuvre de "cette philanthrope si grande et si délicate". Elle est l’objet de nombreux gestes de reconnaissance publique. Son nom est donné au sanatorium de Rocles, à la cité d’urgence de Moulins ainsi qu’à la rue qui dessert les bâtiments construits grâce à son legs de 100.000 F, soit 304.000 F en francs constants.

L’État reconnaît ses services-rendus en la nommant Chevalier de la Légion d’Honneur et Officier de l’Instruction Publique.

Depuis l’ouverture en 1922 pour l’un et 1932 pour l’autre jusqu’à leur reconversion en 1983, les sanatoriums départementaux ont participé à la grande bataille de Santé Publique contre la tuberculose. Leur mise en place a été possible que grâce à l’action décisive et généreuse de leurs bienfaiteurs François et Marie Mercier. Ce couple généreux, philanthrope et républicain, s’est engagé très tôt aux côtés des pouvoirs publics pour combattre cette grave maladie.

Le département de l'Allier peut être fier des résultats obtenus, il a su prendre toute sa place pour faire face et vaincre la tuberculose.

 

P. Bordes

le 19 septembre 2003

SOURCES 

Registres des commissions de surveillance des sanatoriums de Tronget et Rocles.

Archives Départementales de l’Allier série 1x 1 à 7.

Délibérations des Conseils Municipaux de Rocles et Tronget.

Registre des délibérations du conseil Général de l’Allier 1916-1930.

Entretiens avec des agents retraités des sanatoriums.

Articles de la presse locale.

Les  sanatoria départementaux de l’Allier  -G.Rougeron 1955.

Un capitaliste éclairé : François  Mercier – Marguerite Delaruelle 1974  (Bulletin n°189 de la Société des Etudes Locales.)

 

Avec le soutien et les conseils de Gilles Planchon, Directeur des établissements et de François Maurice, représentant la famille des bienfaiteurs.

 

LA RECONVERSION DES SANATORIUMS
DE TRONGET ET DE ROCLES

1ère partie

Pierre Mazière Directeur honoraire de la DDAS de l’Allier

Le choix des anciens locaux des sanatoriums François et Marie Mercier a été judicieux pour y organiser ce colloque axé sur l’histoire de la lutte contre la tuberculose. C’est une reconnaissance de leur contribution à la bataille menée contre la maladie.

De même, la date retenue à la faveur des journées du Patrimoine honore François et Marie Mercier, leurs fondateurs et les directeurs successifs qui les ont fait fonctionner.

Aux termes d’un long processus, ils sont devenus un établissement public de moyen séjour dénommé : Centre Médical Départemental François et Marie Mercier.

Cette réforme a été engagée en application de la loi 31 juillet 1968 par M. Lapébie, Directeur de la DDASS jusqu’en décembre 1980, date de son départ en retraite et de ma prise de fonction. Elle sera poursuivie et menée à son terme en octobre 1983. La mise en place de cette transformation est l’aboutissement des évolutions constatées dans la lutte contre la tuberculose et dans les moyens pour la combattre.

L’application des lois Léon Bourgeois et Honorat à partir de 1920 avait fait la preuve de son efficacité puisque 20 ans après, la mortalité due à la maladie chute de 40%.

La recrudescence du danger tuberculeux pendant la dernière guerre mondiale avait conduit à un renforcement du potentiel existant, notamment par l’ordonnance du 31 octobre 1945. A partir de cette date, on enregistrait une régression des besoins due à la diminution du nombre de malades consécutive à l’efficacité des médicaments et aux modifications thérapeutiques. En même temps, l’amélioration des conditions socio-économiques entraîne un raccourcissement des temps d’hospitalisation, les malades peuvent rester dans le milieu familial et bénéficier des soins ambulatoires. Le nombre de lits régresse en France, il passe de 75.000 en 1960  à 53.600 en 1970 et 42.900 en 1973.

Les établissements de l’Allier qui ont participé à leur niveau à la lutte antituberculeuse n’ont pas échappé aux évolutions constatées sur le plan national.

Après avoir relevé dès 1956 une sous-occupation croissante de lits spécialisés dans les services des tuberculeux, compte tenu de l’état sanitaire général et en fonction des besoins exprimés, il a fallu procéder à un réajustement des moyens et rechercher les besoins non encore couverts.

Ainsi, en 1965, une section de réadaptation fonctionnelle de 15 lits est créée au sanatorium Marie Mercier de Rocles par transformation d’un nombre équivalent de lits de cure. Il s’agissait d’une reconversion partielle des moyens pour répondre à des besoins, vraisemblablement internes à l’établissement.

Une section de malades pulmonaires non tuberculeux s’ouvre aussi au sanatorium François Mercier de Tronget pour couvrir des besoins exprimés à l’extérieur de l’établissement. 11 chambres individuelles inoccupées par des tuberculeux sont transformées et deviennent plus tard une section de médecine dotée de 33 lits.

 

Il s’agit là aussi d’une reconversion partielle pour suivre une évolution plus subie que maîtrisée mais devant, à terme, conduire à la reconversion de l’établissement, c’est précisément ce qu’amorce la loi du 31 juillet 1968.

Faute de ne pouvoir évaluer au plus près l’évolution des besoins, en raison aussi des lourdeurs des procédures pour officialiser le réajustement nécessaire et sans remettre en cause la prise en charge par la Sécurité Sociale, il fallait trouver des solutions.

En 1974, le sanatorium Marie Mercier est autorisé à fonctionner avec 100 lits pour malades non tuberculeux atteints d’affection à évolution lente et 10 lits de tuberculeux.

En 1981 l’établissement ne comptait plus que 9 tuberculeux sur les 105 lits occupés.

Au sanatorium François Mercier, le Contrôle Médical de la Sécurité Sociale relevait en 1974 une forte "sur-occupation" des lits de médecine et une "sous-occupation" des 187 lits du service des tuberculeux. Les responsables de l’établissement justifiaient cet état de fait par le souci de rentabilité économique. Cette situation a été évoquée lors d’une réunion en préfecture en 1977 ; elle justifiait de procéder à la reconversion.

La loi du 31 juillet 1968 allait permettre d’amorcer une solution. La reconversion prévue par l’article 25 de cette loi portant diverses dispositions d’ordre économique et financier. Un processus de reconversion est amorcé dans le cadre d’une importante réforme hospitalière dont la promulgation prévue, en tout cas souhaitée fin 1969, n’intervient que le 31 décembre 1970. Elle concerne "les établissements publics départementaux fonctionnant comme des services publics non personnalisés des collectivités publiques" tel est le cas des sanatoriums François et Marie Mercier qui doivent être érigés en établissements publics départementaux avant le 31 décembre 1969. Enfin, la loi oriente la lutte contre la tuberculose vers une nouvelle organisation dans les services de pneumo-phtisiologie exerçant désormais un rôle pivot au sein des Hôpitaux Généraux entre les soins préventifs et curatifs. Les médecins directeurs qui jouissaient d’un statut spécial seront assimilés aux médecins exerçant à plein temps dans les Hôpitaux Généraux et pourront être intégrés dans leur personnel.

A mon arrivée dans l’Allier en mai 1981, les sanatoriums n’avaient pas encore accompli la transformation juridique de leur statut. L’avis de principe favorable émis dès 1969 par le Conseil Général pour l’érection en établissement public demeure soumis à une exigence du Conseil d’Etat. Celui-ci considérait qu’il était compétent pour prendre un décret, pour créer un seul établissement, l’autre devant lui être rattaché. Le Conseil Général, dans l’embarras, ne se décide pas, en 1974, à faire un choix. L’Administration fut conduite à proposer une direction unique aux deux sanatoriums en subordonnant cette transformation juridique à la définition au préalable de l’orientation médicale. Les médecins directeurs étaient pour le statu quo tant que la décision de création d’un établissement unique n’avait pas été prise.

Les établissements s’étaient en fait reconvertis, le Ministère estimait qu’ils n’agissaient plus dans le domaine de la lutte contre la tuberculose et la dénomination de centre de cure médicale pouvait être adoptée à la faveur du décret de changement de statut. Le dossier complété des renseignements demandés par le Conseil d’Etat ne déboucha sur aucune décision.

Une nouvelle proposition fut établie, elle consistait à orienter le sanatorium François Mercier vers un établissement de 150 lits de moyen séjour afin de désengorger les centres hospitaliers voisins. Elle fut rejetée par les deux médecins directeurs en 1975 et le groupement inter-hospitalier de secteur, en 1976, qui souhaitait conserver des lits de médecine active.

Une proposition de régularisation de la situation de fait consiste ensuite a établir un dossier sur la base de 160 lits de médecine pour malades chroniques et 10 lits de cure médicale spécialisée pour les tuberculeux.

 

Au mois d’octobre 1977, le ministère en est saisi, aucune décision n’est prise, ainsi la procédure prévue par la loi du 31 juillet 1968 reste inappliquée.

Selon une étude du médecin inspecteur de la Santé, la loi du 4 janvier 1978 allait ouvrir une nouvelle possibilité, heureusement car la précarité dans laquelle ces établissements ont été maintenus s’était accrue du fait que le ministère considérait qu’il n’avaient pas d’existence légale, le délai de transformation était dépassé. Paradoxalement, ce vide juridique va dégager une solution dans la mesure où le Préfet a désormais la possibilité d’ériger en un établissement public des anciens sanatoriums. A la procédure lourde d’une transformation par décret en Conseil d’Etat se substituait une procédure plus simple d’une création par arrêté préfectoral. Ainsi les obstacles juridiques pouvait être levés.

Cependant, deux difficultés allaient à nouveau surgir au niveau des personnes concernées par la transformation juridique. La situation personnelle des deux directeurs, les docteurs Poliak et Delaruelle, en place depuis plusieurs années et proches de leur départ en retraite, conduit à arrêter un nouveau schéma de solution. Au départ du premier directeur en février 1983, il était envisagé de ne pas le remplacer et de donner mission à l’autre de régler les affaires urgentes.

Deux directeurs d’hôpitaux proches reçoivent ensuite de la DDASS une mission particulière, il s’agit de M. Bettiga de Bourbon l’Archambault et de M. Ferrandon de Saint- Pourçain sur Sioule. Ils sont chargés d’assurer la continuité des services, d’entamer une réorganisation des services communs et d’améliorer la gestion. Au départ en retraite du Docteur Delaruelle, ils vont aussi assumer la direction du sanatorium Marie Mercier de Rocles. Le ministère est sollicité pour déclarer la vacance de poste de directeur de 3ème classe pour diriger les deux anciens sanatoriums.

A partir du 1er avril 1983, l équipe de direction intérimaire prend en charge le projet de réorganisation, de changement de statut juridique et d’orientation médicale. Elle doit présenter le dossier sous forme de plan directeur, de programme d’établissement, mener les travaux urgents et prendre des mesures pour assurer une rentabilité financière.

La transformation juridique entraîne au préalable le transfert d’office de la présidence du conseil d’administration au président du Conseil Général. Traditionnellement, le Préfet désigne au moins un membre de la famille Mercier parmi les trois personnalités qualifiées qu’il est chargé de nommer. Il était aussi devenu habituel que la commission de surveillance des sanatoriums soit présidée par un membre ou un héritier de la famille des fondateurs. M. François Maurice pouvait à ce titre légitimement prétendre et bénéficier de cette pratique.

Il fallait donc lever cet obstacle psychologique. Le Préfet Hacène prend l'initiative d’une rencontre pour lui exposer les problèmes relatifs à l’avenir des deux sanatoriums, en présence du secrétaire général de la préfecture, de M. Faigt, inspecteur chargé de la tutelle hospitalière et de moi-même en qualité de DDASS.

François Maurice comprit les enjeux et sut s’effacer dans la mesure où l’existence des établissements était pérennisée et que la volonté des fondateurs était respectée.

La DDASS et les deux directeurs intérimaires effectuent en juin 1983 une démarche auprès de la Direction des Hôpitaux du Ministère. Le 29 juin, la Commission de Surveillance présidée par François Maurice décide de créer un unique établissement public de moyen séjour.

Le Ministère donne son accord le 31 août pour qu’un arrêté préfectoral crée l’établissement départemental. Le Conseil Général en délibère et donne à l’unanimité un avis favorable le 5 septembre.

Finalement l’arrêté de création d’un établissement public départemental fonctionnant comme des services non personnalisés est pris le 5 octobre 1983. Il est  dénommé Centre Médical Départemental François et Marie Mercier et son siège social implanté sur la commune de Tronget.

 

Pierre Mazières

19 septembre 2003


 

2ème partie

Paulette Beaupère Directrice Honoraire de la DDASS de l’Allier

 

Lors de mon arrivée à la DDASS le 1er juin 1985, la reconversion des sanatoriums était déjà effective, le Centre Médical François et Marie Mercier subsistait. Il recevait des malades en moyen séjour pour une capacité de 290 lits.

Il fallut d’abord s’attaquer à leur rénovation car ils ne répondaient plus aux normes des établissements hospitaliers de cette catégorie. Dès 1985 celle de Marie Mercier est vite entreprise puis ce fut le tour de François Mercier. Au total, elle dura une vingtaine d’années ; le financement intervint, sans subvention, sur les fonds propres et par emprunt.

Mais le fonctionnement du nouvel établissement attira l’attention des organismes de Sécurité Sociale. Les durées moyennes de séjour étaient trop longues, il fallait se débarrasser des habitudes prises pour l‘accueil des tuberculeux. L’aide des médecins consultants missionnés pour la reconversion, le Docteur Dorsit de l’hôpital de Moulins et le Docteur Lenglet de l’hôpital de Montluçon fut précieuse car ils étaient les prescripteurs des malades hébergés au Centre.

Il fallut ensuite défendre l'établissement auprès de toutes les instances administratives, en effet la recherche des économies pour la Sécurité Sociale était déjà à l’ordre du jour. Il était tentant de supprimer au moins un établissement d’autant plus que le nombre total de lits de moyen séjour par rapport à la carte sanitaire était excédentaire. Cette carte étant régionale, l’Allier était visé, mais la situation n’était pas pire que dans les autres départements.

Avec beaucoup d’obstination et pour respecter le consensus des autorités locales obtenu à l’époque de la création de l’établissement unique, j’ai déployé beaucoup d’énergie pour convaincre les autorités administratives de la place du Centre Médical François et Marie Mercier. Il devenait particulièrement complémentaire du Centre Hospitalier de Montluçon qui ne disposait pas de lits de moyen séjour. Toutefois, sa capacité apparaissait surdimensionnée par rapport aux besoins. Ainsi à l’occasion de la rénovation, il eut suppression de 103 lits, l’on passa de 290 à 205 dont 18 de long séjour.

Il fallut aussi trouver des activités spécifiques. En 1989, des lits de moyen séjour sont affectés à une unité d’alcoologie manquante dans le département, pour une capacité de 10 lits puis 28. En outre, il est créé le 20 mai 1994 à Marie Mercier un service de 18 lits de long séjour, par transformation de lits de moyen séjour, pour répondre aux besoins du secteur, non couverts par l’accueil à la maison de retraite du Montet.

Puis, grâce à l’action de M. Coulon Vice Président du Conseil Général et du Directeur, M. Léon, le Syndicat Inter hospitalier du Bourbonnais voit le jour par arrêté préfectoral du 28 mai 1996. Il regroupe le Centre Médical François et Marie Mercier et l’Hôpital Local de Saint-Pourçain-sur-Sioule pour la gestion des services administratifs, généraux, techniques et médico-techniques à l’exception de la pharmacie.

Le syndicat avait notamment pour compétence :

-            la formation des personnels,

-            l’étude et la réalisation des travaux,

-            la gestion financière complète,

-            la gestion des personnels ainsi que la gestion et le développement des activités subsidiaires.

-             

A l’époque, ma préférence allait vers la fusion mais les esprits n’étaient pas prêts à l’accepter. Il fallait laisser du temps.

Depuis le 1er janvier 2004, la fusion est réalisée, un nouvel hôpital est né, il s’appelle "Hôpital Cœur du Bourbonnais".

Une nouvelle page d’histoire est désormais tournée.

 

 

Paulette Beaupère

19 septembre 2003

 

 

Journées Bourbonnaises François et Marie Mercier colloque 19/20/21 septembre 2003