Fils d'Ariane


Article - UDAF de l'Allier

 

L’UDAF de L’Allier

1945 -1970


Pierre BORDES

 

 

La création le 3 août 1945.

C’est une ordonnance du 3 mars 1945 qui organise le fonctionnement des Unions départementales des associations familiales. Le général de Laclos président du Centre de coordination des mouvements familiaux, créé sous le régime de l’Etat Français, a préparé l’assemblée générale constitutive qui se tient le 3 août 1945 dans la salle des mariages de la mairie de Moulins.

Les quatre associations fondatrices représentent 1657 familles des agglomérations de Moulins, Vichy et de Montluçon. Elles sont donc peu nombreuses, les associations rurales viendront plus tard.

Il faut relever que les associations urbaines sont les plus structurées et que pendant la période de guerre et d’Occupation elles ont été particulièrement utiles à la population. Les associations fondatrices sont : l’Association des familles nombreuses et des familles de Vichy (677familles,2918 suffrages),l’Association des familles nombreuses de Moulins(551 familles,2878 suffrages),l’Association des familles de Montluçon(222familles,919 suffrages)l’Association des familles de Moulins(207 familles,633 suffrages).Les familles de Moulins sont majoritairement représentées[1] en suffrages et en nombre de familles.

La faible représentation du secteur de Montluçon avec 13% peut s’expliquer pour des raisons idéologiques et au contexte politique local comme le secteur de Commentry.

Un conseil d’administration de 18 membres dont une seule femme Mme Anglaret professeur au lycée de jeunes filles, deux enfants et épouse de prisonnier. Les élus appartiennent à la classe moyenne des artisans, commerçants, et fonctionnaires. .

Constatons aussi que monde ouvrier n’est pas impliqué.

C’est un autre militaire qui succède au général de Laclos en qualité de président de la nouvelle UDAF : le commandant Sallantin, retraité, 12 enfants, membre de l’association des familles nombreuses de Moulins dont il a assumé la présidence de 1938 à 1943. Les trois vice-présidents sont deux commerçants et un militaire retraité : Mrs Darniche à Montluçon et Mazerolles à Vichy, le commandant Besson à Moulins Le secrétariat est confié à un imprimeur, M Ardillon et la trésorerie à un fonctionnaire M Le Houlleur.

Les élections et la mise en place se font dans la sérénité .Au conseil suivant[2] le président Sallantin souhaite faire de l’Udaf une « œuvre vivante » et «  dit toute sa foi en l’avenir de l’union. »

L’UDAF est agréée par l’Etat le 28 septembre 1945.

 

Le développement des adhésions.

Il faut attendre le 1 décembre 1947 pour constater un élargissement de la base des adhérents notamment aux associations ouvrières et rurales .Lors de l’assemblée générale de 1948 elles entreront au conseil d’administration à raison de deux représentants pour les associations ouvrières de Montluçon et de Moulins et de trois représentants pour les associations rurales au nombre de dix [3].L’adhésion le 15 décembre 1947 de l’Association du Mouvement départemental familial rural déclenche les adhésions des associations locales.

La Mutualité Sociale Agricole apporte aussi son soutien actif dès les débuts et particulièrement par l’intermédiaire de Mademoiselle de Garidel, assistante sociale, qui affirme le 2 décembre 1946 « l’Udaf doit pouvoir compter sur le concours des Assurances Sociales agricoles ».. Les organisations ouvrières sont minoritaires c’est là l’expression d’une certaine méfiance pour une organisation impulsée par l’Etat Français[4] sous la forme du Comité de Coordination en 1941 et de loi Gounot[5] du 29 décembre 1942. Le contexte politique de l’après-guerre explique aussi les affrontements idéologiques. Il faut remarquer qu’une seule organisation proche du parti communiste a eu le courage de demander son adhésion ;ce fut le cas le 10 février 1946 pour l’Union des Femmes Françaises de Montluçon, une organisation bien structurée qui avait fait ses preuves dans la Résistance et durant l’Occupation. Pourquoi cette adhésion ? Est-ce pour s’introduire dans la nouvelle structure ou faire une place au milieu ouvrier .Quelque temps on enregistra la demande de l’UFF de la commune rurale. de Saint Léon .La première fut radiée pour non paiement de cotisation et la seconde ajournée car non agréée par le préfet. Le tableau suivant fait le point du développement des adhésions et donne une idée de la représentativité de l’Udaf.

 

 

Année

Nombre d’associations

Nombres de familles

1945

4

1657

1958

14

2270

1962

16

2058

1975

20

 

1995

42

4500

2010

42

3133

 

 

L’examen de procès verbaux des séances du conseil d’administration ou des assemblées générales donne peu d’indication sur les activités déployées dans les cinq premières années de fonctionnement de l’Udaf. Dans cette période il s’agit de représenter les familles auprès de diverses instances. La fonction gestion apparaîtra plus tard, notamment avec le service des tutelles il faudra alors recruter des salariés. L’Udaf deviendra progressivement une entreprise.

J’ai voulu dans cet article relater ses origines et ses modes de développement.

 

L’affirmation du rôle de représentant officiel des familles.

La représentation dans les Caf et les Caisses primaires.

Dès la cinquième séance du conseil d’administration[6], alors que la caisse départementale des Assurances sociales vient de laisser la place à la Caisse primaire de Sécurité sociale la question relative à la désignation des représentants des familles est abordée. Le commandant Besson membre du conseil provisoire de la Caisse de Sécurité sociale fait part des difficultés pour défendre le « point de vue familial » lors de la première séance tenue le 31 mai 1946[7].Le conseil suivant[8] s’élève contre la décision du directeur régional de la Sécurité sociale d’avoir choisi des représentants n’ayant pas reçu l’investiture de l’Udaf relevant même « que les candidats par elle proposés ont été exclus motif pris qu’ils n’appartenaient pas à une organisation syndicale affiliée à la CGT. ».Ces tensions d’origine idéologiques sont vives entre des idéaux démocrates chrétiens et socialistes L’Udaf veut s’affirmer comme une structure officielle unique représentant toutes les familles sans distinction de classes sociales.

En pleine préparation du débat sur l’organisation des élections aux conseils d’administration des caisses de Sécurité sociale et des Allocations familiales ,l’Udaf de l’Allier[9] est contre les élections : « ce système mettrait les travailleurs dans la situation délicate de choisir entre les intérêts professionnels et les intérêts familiaux ».Pour les CAF le conseil réclame un vote familial et un scrutin à la proportionnelle.

L’Udaf s’engage dans le combat électoral du 24 avril 1947. Après avoir envisagé de faire liste commune avec la mutualité, son conseil [10] décide par un vote[11] de présenter une liste de 18 salariés à la Caisse de Sécurité sociale et une liste de 6 travailleurs indépendants à la Caisse d’allocations familiales. Une commission électorale est mise en place L’opération est risquée, effectivement les résultats escomptés laissent un goût amer particulièrement au niveau de la liste salariée d’ « action et de défense familiale »qui n’aura qu’un seul élu Henri Reveret. Un élu de liste patronale M Mazerolles est aussi un membre actif du bureau de l’Udaf.

La représentation est complétée par la désignation es qualité d’un représentant des familles : le commandant Besson à la CPSS et M Valtat à la CAF. Les conseils de sections territoriales comportent aussi des représentants familiaux : M Muzeau à Vichy, M Targonnet à Montluçon, M Delbard à Commentry. Au niveau de la CAF la présence des membres du Conseil de l’Udaf est aussi importante, ils ont été candidats sur des listes de différentes appartenance et élus : dans le collège des travailleurs indépendants comme Mrs Dufour, Darniche ou Clayeux, dans le collège salarié comme Mrs Dubuisson et Delbard. Aux élections de 1950,1955 et1962 l’Udaf ne présente pas de liste. La représentation des familles est désormais assurée et reconnue. Cette première bataille de la représentation officielle et exclusive des familles est gagnée.

 

Campagne pour le relèvement des Allocations familiales.

Dès août 1948 l’Udaf lance une campagne de revendication pour l’augmentation des Allocations prenant la forme de motions, de lettres aux parlementaires et même d’affiches.

Elle dénonce les associations adhérentes[12] qui ont suivi les manifestations publiques de l’Union des Femmes Française. Encore une fois elle affirme son rôle et fait appel à la cohérence et à l’unité du mouvement familial :

 « Ces manifestations sont inefficaces et de nature à compromettre l’union des mouvements familiaux. La défense de la famille est notre trait d’union à moins qu’il ne s’élève une scission de doctrine sur la définition de la famille ».Relevons que l’on parle de scission de doctrine, ces termes très forts sont bien révélateurs d’un état de tension.

L’Unaf et l’Udaf organiseront régulièrement des semaines d’action revendicative comme peuvent le faire les syndicats, certains d’entre eux comme la CGT n’apprécient pas ces actions concurrentielles.

Ainsi 1959 une semaine nationale s’organise pour le relèvement des allocations, l’assemblée générale de l’Udaf de l’Allier rédige une motion exigeant une augmentation de 20%.Lors de la venue à Moulins du Général de Gaulle, président de la République, aucune suite n’a été donnée à une demande de rendez vous. Cette non réponse fut dure à encaisser par les militants familiaux de l’Allier !

Opposition au service commun de recouvrement des cotisations sociales.

Lorsque il est question de fusionner les services de recouvrement des cotisations de la   Caisse Primaire et de la CAF, le conseil de l’Udaf tenue le 11 septembre 1950 s’y déclare opposé : Peut être voulait il préserver l’autonomie du service d’encaissement des cotisations d’allocations familiales. ? Le service sera cependant créé au nom de l’efficacité et deviendra l’Urssaf quelques années plus tard.

Participation aux nouveaux bureaux d’aide sociale : une belle reconnaissance.

Suite au décret du 29 janvier 1953 les bureaux de bienfaisance sont remplacéspardes bureaux d’aide sociale où une place est réservée aux représentants des associations familiales. L’Udaf aura 155 représentants en 1955 et 300 en 1985[13].C’est encore une affirmation de son rôle au niveau local.

 

La réforme de la Sécurité sociale par les ordonnances d’août 1967.

La position du conseil d’administration de l’Udaf vis-à-vis des ordonnances apparaît nuancée. L’Etat impose la création de branches pour chaque risque, supprime les élections et instaure le paritarisme dans les conseils d’administration. Cependant le conseil de l’Udaf « proteste[14] contre les ordonnances telles qu’elles ont été publiées ».La critique semble porter sur la façon de leur élaboration et de leur publication. En l’absence d’éléments de fond peut-on dire qu’elle y était plutôt favorable ? peut-être mais elle a laissé toute liberté aux associations d’adhérer au cartel de défense de la Sécurité Sociale. D’importantes manifestations publiques ont été alors organisées dans le département. L’Udaf se devait de rester prudente. Elle sera représentée dans les nouveaux conseils de la Cpam par le DR Dom et de la CAF par Pierre Jay et Dominique Baguet.

 

Les dirigeants

Dans ses vingt premières années l’Udaf à connu cinq présidents : Le commandant Sallantin(1945-52), Camille Martin(1952-1958), M Louvel   quelques mois en 1958, M Mazerolles(1958-66), Louis Alizard(1966-1991).Il y a eu donc au cours de cette période un renouvellement cyclique des présidents.

Le premier, le commandant Sallantin, expérimenté, gestionnaire depuis l’avant-guerre de l’Association de Moulins, dirige la mise place de l’institution nouvelle durant sept ans. Cette durée a facilité la nouvelle organisation.

Avec Louis Alizard commence une nouvelle période, sa présidence dure vingt cinq ans et celle de son successeur Dominique Baguet se poursuit pendant quatorze années.

Parmi les administrateurs on comptera des personnalités locales impliquées dans des responsabilités politiques et économiques : Jean Cluzel , président du Comité d’Expansion économique de l’Allier, futur sénateur et président du Conseil général[15] ; Joseph Guimet [16] secrétaire général de l’Udaf depuis 1984,administrateur de l’Unaf, et Président du conseil d’administration de la MSA membre du Conseil économique social et environnemental ; Monsieur d’Alançon administrateur puis président de la MSA Monsieur Randouiller ,directeur adjoint de la CAF et vice président de l’Udaf ;Henri Legrand transporteur chef d’entreprise président de la Chambre de Commerce de Moulins ; André Ardillon imprimeur, adjoint au maire de Moulins ;Henri Masseret percepteur ;Gilbert Faivre secrétaire du syndicat des entrepreneurs etc…

 

Les locaux.

Le premier siège social est implanté en 1945 au domicile même du président Sallantin rue Bourreau frères à Moulins. Il est transféré en 1946 au 10 rue Victor Hugo puis dans un bel immeuble au 7 rue Diderot.

 

 

UDAF_AllierLocaux 

Immeuble Rue Diderot

Page de couverture de la brochure éditée pour le 50ième anniversaire

 

 

Cet ancien immeuble situé au cœur de Moulins est acheté en 1984. Après d’importants travaux de restauration et d’aménagements, l’Udaf de l’Allier à désormais pignon sur rue. Devant le développement des activités les services sont installés dans des locaux loués à Groupama rue de Villars dans le secteur de la MSA.

 

Conclusion

Voilà le contexte de la mise en place en Allier de l’Udaf de l’Allier. L’organisation du mouvement familial, impulsé par le régime de l’Etat Français, s’est progressivement imposée et transformée.

L’engagement des militants au service des familles a permis à l’Udaf   de l’Allier d’être reconnue Elle a apporté sa collaboration aux autorités et contribué ainsi au développement de la politique familiale locale.

Son fort ancrage en milieu rural et le soutien constant de la Mutualité sociale agricole l’ont conforté dans son rôle de représentant des familles.

Dans un monde en changement et en proie au chômage et à la pauvreté croissante, on peut penser que l’Udaf continuera de remplir son rôle et sera contrainte de s’adapter pour répondre aux besoins des familles et des associations adhérentes.

 

Pierre BORDES décembre 2011

 



[1] Soit 45% des familles et 47% des suffrages.

[2] Conseil du 22 octobre 1945 Arch UDAF Allier

[3] Association départementale du mouvement familial rural 15/12/47, Souvigny 17/12/47, ensuite Ebreuil, St Pierre Laval, St Désiré, Montagne bourbonnaise, Escurolles, Lalizolles.

[4] L’Etat Français a pour devise : Travail Famille Patrie.

[5] Emmanuel Gounot 1885-1960 militant chrétien, Professeur à l’Institut catholique de Lyon, animateur des Semaines sociales, président en 1940 de l’union des familles nombreuses du Rhône et fondateur de l’Udaf du Rhône en 1945.

[6] CA du 1 juillet 1946

[7] Pv du CA du 31 mai 1946 et ouvrage Pierre Bordes « Des assurances sociales à la caisse primaire de l’allier » 1996 ECB Charroux

[8] CA du 14 octobre 1946

[9] ibid

[10] CA du 23 mars 1947 ;

[11] 11 voix pour et 3 contre ;

[12] CA du 2/8/1948 arch Udaf

[13] Presque toutes les communes au nombre de 320.

[14] CA du 7 octobre 1967

[15] Actuellement membre de l’Académie des sciences morales et politiques.

[16] Voir bulletin ARAEHSS N°11Témoignage N° 28.