Fils d'Ariane


Portrait N°7 : Joseph Faverot

JOSEPH FAVEROT

1907-1977

 

Directeur de la Mutualité bourbonnaise à Moulins.

Président de la Caisse d’allocations familiales de l’Allier.

 

Pierre BORDES


JOSEPH-FAVEROT-1 


L’homme titulaire du seul certificat d’études primaires assura les fonctions de directeur de l’Union départementale de la mutualité bourbonnaise durant trente et un ans de 1938 à 1969.Il était né le 29 mai 1907 à Moulins où il décéda en 1977.Il a débuté ses activités professionnelles à la Société générale où il apprend la comptabilité.

Son père était un employé des tanneries Sorel  à Moulins et sa mère couturière. Plutôt timide et réservé Joseph Faverot n’aimait pas se mettre en valeur. Dans le journal de la Mutualité nous n’avons relevé que deux articles portant sa signature ; il en avait pourtant régulièrement établis d’autres, soit sous la signature du président soit le plus souvent sans signature.

 

Durant l’Occupation  il avait un laissez-passer pour franchir la Ligne de démarcation afin de se rendre au bureau situé en zone non occupée  à Moulins au quartier de la Madeleine. Bien que convoqué par le préfet pour céder  le stock d’or du cabinet dentaire il résista à la demande des autorités allemandes. Sa famille demeura inquiète et craignait qu’il soit emprisonné, notamment à l’occasion de ses fréquents passages de la Ligne.

 

Directeur dans une période de changements

Il travailla aux côtés de deux présidents : messieurs Fontenille et Martinat. Il se dépensa sans compter en faveur de la reconnaissance d’établissements adaptés à l’Enfance handicapée

. Il réussit à créer l’Institut médico professionnel  de Saint-Allyre à Sanssat. Il assure aussi le développement des œuvres sociales mutualistes comme les cabinets dentaires et les centres d’optique. Il gagne la confiance de tous les présidents.

 

Equipier actif de Gabriel Fontenille  vice président 1937- 45 et président  depuis 1945-61.

Il participe à l’adaptation de la Mutualité aux Assurances Sociales puis à la Sécurité Sociale. Il est arrivé au moment où les Assurances Sociales   avaient fait fortement baisser le nombre d’adhérents des mutuelles et les montants des cotisations encaissées.  Avec Gabriel Fontenille il participe à la mise en place d’une communication et notamment par la diffusion d’un Journal mensuel de la Fédération départementale.

Dans le numéro un d’une nouvelle série du Journal [1] « La Mutualité Bourbonnaise »   datée de décembre 1944 il publie un long article intitulé :   «La réforme des Assurances Sociales ». Il est très inquiet  sur les projets en cours. A cette époque il ne semble pas imaginer ce que pourrait être l’organisation de la Sécurité Sociale telle qu’elle sera définie par l’ordonnance du 4 octobre 1945.

 

Déjà, il critique la loi du 6 janvier 1942 qui sous prétexte de simplifications n’a fait que compliquer les formalités en supprimant les feuillets trimestriels de cotisations et en les remplaçant par les bulletins de salaires  pour preuve des versements. Sa vision des Assurances Sociales est celle des mutualistes. II les considère« comme une société de secours mutuels, que l’assuré est un membre de cette grande famille et qu’il doit s’intéresser même à la gestion ».Il propose l’instauration d’un livret individuel sur le modèle des caisses d’épargne pour y mentionner les cotisations et prouver les droits  aux prestations. Il pensait alors certainement aussi au livret du mutualiste qui pourrait servir de modèle pour les assurés sociaux.

Il se montre très préoccupé par la « retraite des vieux », souhaitant une revalorisation du minimun vital fixé alors à 3600f .Il espère que la Quatrième République remédiera à la situation. Il fait alors référence au terme d’« Egalité ».Bien que la guerre ne soit pas encore terminée en ce mois de décembre 1944 il espère en un nouveau régime  plus social..

Joseph Faverot se montre inquiet sur l’organisation. Il attend une amélioration des services rendus  à la population.  Il conclut en  des termes tournés vers l’optimisme et l’action « il faut que nos vieux aient une vieillesse heureuse et que l’avenir de nos jeunes soit sauvegardé ».

« Celui qui travaille une vie entière

N’devrait pas avoir d’aumône à recevoir »

rappelait dans le même bulletin le président Fontenille

 

Joseph Faverot, est un mutualiste actif qui garde le contact avec le terrain. Il reste trésorier de la mutuelle « La Solidarité n°56 » à Moulins jusqu’en 1976.C’est un militant mutualiste, actif, simple dans ses contacts et pratiquant la générosité. Il ne pouvait imaginer alors le formidable mouvement qui allait mettre en place la nouvelle Sécurité Sociale. Il se montre très réservé sur le projet [2] de caisse départementale unique, l’avenir lui donnera raison, puisqu’elle ne vit jamais le jour.

 

JOSEPH-FAVEROT-2

 

Les membres du bureau de la Mutualité Bourbonnaise en  juin 1964 (à droite J. Faverot  aux côtés du président Martinat)

Photo journal de la Mutualité.

 

Cependant, sensible au social et au familial il va s’engager dans la gestion des nouvelles Caisses d’allocations familiales.

 

 

Administrateur puis président de la Caisse d’allocations familiales. 1947-1951

Joseph Faverot est élu administrateur  aux élections du 24 janvier 1947 sur la  liste présentée par la Mutualité dans le collège salariés.    Il sera élu président  du  conseil d’administration .Il  bat Joseph Sjostedt, un   élu de la liste CGT et ancien président du conseil provisoire. Il obtient 15 voix sur 24 votants contre 9 à son concurrent.   Les relations entre les deux hommes seront difficiles  et les accrochages fréquents. Joseph Faverot pris par ses occupations et  parfois malade est obligé de  laisser Joseph Sjosted présider les conseils à sa place. L’examen des procès verbaux des délibérations révèle une ambiance tendue et des conflits de personnes. Cependant  dans l’ensemble les administrateurs  sont fortement motivés et enthousiastes  pour réussir la mise en place de la Caisse d’allocations familiales.

Réélu aux élections du 20 janvier 1950 Joseph Faverot est reconduit comme président par 16 pour et 9 contre toujours à  Joseph Sjostedt qui deviendra premier vice-président .Les relations entre les deux hommes sont toujours difficiles, ainsi le  21 mai 1951 Joseph Sjostedt refuse de présider à la place du président Faverot. Devant l’ambiance tendue, le second vice-président, Rousselot, assure la tenue de la séance. Prévenu, le président Faverot revient au Conseil à 14h et annonce qu’il assurera la présidence jusqu’en juin. Les charges de ses fonctions de directeur de la Mutualité et son mauvais état de santé laissent peu de place pour d’autres activités dans cette période de fortes tensions sociales.

Manifestement le président Faverot est un homme connu et apprécié, Ce mutualiste a présidé  le tout nouvel organisme. C’est un succès personnel.

Au même moment, son président à la Mutualité Bourbonnaise, Gabriel Fontenille,  sera battu lors du vote pour la présidence  du conseil de la Caisse primaire par Eugène Gouby  élu de la liste CGT.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                

Le président Faverot a donc été en première ligne dans la mise en place de la nouvelle caisse d’Allocations familiales dans l’immédiate après- guerre. Il a soutenu  la directrice Anne Marie Gidel et  la nouvelle équipe de direction. Cette période n’a pas été  facile, notamment au niveau du recrutement et de  la titularisation du personnel issu de la fusion des caisses de compensation. En 1947 la Caisse compte 58 salariés et 15 000 mandats sont envoyés chaque mois aux allocataires. ll faut alors réduire les frais postaux. Après débats le conseil autorise la mise en place d’agents payeurs à domicile ’trait d’union entre la caisse et ses allocataires » sur le modèle importé  de Paris par Jacques Hochard le sous directeur. C’est une première en Auvergne. Joseph Faverot et son conseil ne craignaient donc pas l’innovation  en matière d’organisation!

Les besoins d’actions sociales sont aussi alors immenses. Grâce aux moyens financiers importants et déjà habitué à la gestion d’œuvres sociales, la création de centres de Vacances notamment à Brétignolles et de logements pour les familles est  à mettre à son actif et à celui de son conseil d’administration. Il impulse une  vigoureuse politique de l’habitat et de lutte contre les taudis.

Atteint par la maladie il abandonnera ses fonctions en 1951  et sera remplacé par le président Georges Guinard, du collège employeurs, qui assura la continuité. Henri Reveret le remplacera à la direction de la Mutualité bourbonnaise en 1969.

Brigitte et Pascale, ses petites-filles se rappelle encore aujourd’hui qu’ « il eut beaucoup de mal  à arrêter ses activités de directeur de la Mutualité. Pendant quelque temps il continua de s’y rendre régulièrement tous les jours ».

Après une vie bien remplie il décède  d’un cancer le 24 décembre 1977.


                                                                                              

                                                                             Pierre Bordes mai 2013                                             

                  

Sources

Procès verbaux des séances du conseil d’administration de la CAF de l’Allier,CAF Moulins.

Documents photographiques  et informations communiqué  par sa fille Josiane Vassy.

Bulletin d’histoire de la Sécurité sociale auvergne n°14 / année 2012.

Journal de la Mutualité bourbonnaise A Dep Allier JAL 73/1



[1] Arch Dép Allier périodiques JAL 73/1 voir annexe 2

 

 

ANNEXE 1

 

Note de nommination du directeur Faverot par le Vice- président Vrinat 16 juillet 1938.

 

JOSEPH-FAVEROT-annexe-1

 

 

ANNEXE 2

 Extraits d’Article de Joseph Faverot

La réforme des Assurances Sociales

 

JOSEPH-FAVEROT-annexe-2

 

Extraits Journal de mutualité N°1 decembre 1944 ADEP Allier /jal/1