Fils d'Ariane


 

TEMOIGNAGE N°33

 


Un ancien élève du cours de techniciens

 

 

de la Caisse Primaire du Puy de Dôme.

 

 

 

Dominique PALLANCA

 

 

 

 

LE PARCOURS PROFESSIONNEL.

 

« Entré à la Caisse primaire d'Assurance maladie du Puy-de-Dôme le 1er juin 1972, j'ai aussitôt suivi le cours de techniciens « maison » puis exercé ce métier de technicien dans différents centres de paiements jusqu'en 1980, soit directement au guichet, soit comme on disait alors « à l'arrière » dans les services. Au guichet, c'était parfois difficile car les traitements n'étant pas encore automatisés et la simplification des démarches non entamée, les délais de règlement étaient parfois longs. Les assurés étaient souvent mécontents et il fallait déployer des trésors de diplomatie, parfois au détriment de la production qui nous était demandée, pour leur en expliquer les raisons voire chercher le dossier non réglé pour essayer de lui donner suite. Je garde cependant de ces années un souvenir excellent car mes fonctions me permettaient de satisfaire bien des gens.

 

En 1980, j'ai été admis au Cours de cadres administratifs 16ème promotion. Ma première fonction après l'obtention du diplôme a été celle d'animateur du cours de techniciens « maison » durant six années. Il m'a été permis de vivre cette scolarité à front renversé. J'ai pu mesurer la difficulté à faire passer certaines notions qu'elles soient d'ordre général ou même technique. J'ai pris
davantage conscience des difficultés rencontrées par les élèves pour les assimiler. J'ai surtout eu la satisfaction de
conduire au succès, aux côtés d'autres collègues de l'équipe d'animation, un très grand nombre de stagiaires, garant pour eux de la stabilité de l'emploi au sein de notre institution.
Ensuite, j'ai occupé différentes autres fonctions dans la communication, la documentation et enfin la prévention. Mais j'ai toujours gardé un œil sur la législation et l'évolution de la Sécurité Sociale, par intérêt d'abord mais aussi par nécessité, étant par ailleurs durant une trentaine d'année une personne ressource de la Caisse apportant la connaissance de la Sécurité Sociale sur le terrain, dans les établissements scolaires, associations et diverses institutions. »

 

TEMOIGNAGE

« C'était en 1972 : après avoir passé une série de tests psychotechniques et satisfait à un entretien, je viens d'entrer à la Sécu, à la Caisse Primaire d'Assurance Maladie du Puy-de-Dôme, et me demande bien ce que je vais y faire : travaux de bureau, de classement ? La direction me propose aussitôt d'apprendre la législation maladie, de suivre le cours de techniciens « maison ». Voici mes Impressions d'élève.

 

Tout un monde à découvrir.

 

« Pour cette session qui démarre début juin 1972, nous sommes seulement une douzaine mais le plus souvent, les effectifs s'élèvent à une vingtaine. Comme toujours, on note une forte majorité de filles, les trois quart de l'effectif.
Nous, car je pense pouvoir dire nous, sommes assez intimidés, car pour cette première journée, toute la direction de la Cpam est présente pour nous accueillir et nous expliquer par la voix de sa directrice, Mademoiselle Marie-Louise Poux et du Directeur Adjoint, Monsieur Michel Bourrut-Lacouture, ce qui est attendu de nous.

Les cours que nous allons suivre sont les cours « maison » : des sessions portant sur l'assurance maladie étaient régulièrement organisées par la Cpam pour former les futurs techniciens avec le concours de l'encadrement. Durant deux mois et demi environ, les cours étaient dispensés quotidiennement suivis de travaux pratiques. Les cours « maison » étaient plus spécialisés sur la technique
Cpam avec la législation d'assurance maladie. Le cours de L'Union des caisses nationales de Sécurité sociale, plus généraliste, était animé sur plusieurs mois par des formateurs du Centre régional de formation et de perfectionnement professionnels (CRFPP) et proposait l'ensemble des options : assurance maladie mais aussi assurance vieillesse, administration générale, etc.

 

Les cours débutent dès la présentation terminée et la résolution des problèmes pratiques se posant aux nouveaux stagiaires : horaires de travail, distribution des « fameux » chèques-déjeuners, etc.

 

D'emblée, avec le premier cours sur l'histoire de la Sécurité Sociale, je me sens sur mon terrain : je viens en effet d'abandonner mes études à la Faculté de Lettres en histoire et géographie, mais l'histoire est une discipline à laquelle je resterai attaché toute ma vie. Le formateur qui dispense ce 1er cours est Pierre Bordes, alors Responsable de la division Contentieux-immatriculation-central dactylos-formation à la Cpam, et coordonnateur à ce dernier titre de la présente session. Il sait bien faire vivre toute l'évolution de la protection sociale en France de l'Antiquité à nos jours : la charité, la mutualité, les premières lois sur les Assurances Sociales, et enfin la Sécurité Sociale en 1945.

 

Le second jour, le cours sur l'organisation du Régime Général, animé aussi par Pierre Bordes, est plus complexe. Nous entrons vraiment dans le vif du sujet : il faut intégrer les missions de chaque branche, de chaque organisme, comprendre les différentes relations entre organismes nationaux et locaux et retenir les sigles, anciens et nouveaux. Les ordonnances d'août 1967 viennent en effet de modifier l'organisation et ne nous facilitent pas les choses : création des quatre branches, changement de noms des organismes, nouvelles attributions, etc. Le schéma de l'organisation, commenté au tableau noir, avec les moyens de l'époque, est bien difficile à comprendre. Mais les qualités pédagogiques de l'animateur qui ne rechigne pas à répéter, à reformuler, nous permettent de franchir cette étape. »

 

De gros efforts à fournir.

 

« Très vite, nous nous mettons au rythme soutenu, inhérent à ce genre de session. Tous les jours, un nouveau cours est dispensé sur la législation. Les responsables de chaque secteur : prestations maladie, prestations accidents du travail, action sanitaire et sociale, etc., viennent tour à tour nous transmettre leur savoir. Je me souviens notamment de Monsieur Moins, venu nous faire vivre la difficile législation accidents du travail-maladies professionnelles, de Monsieur Ricoux, secrétaire général de la caisse, nous parlant des voies de recours des assurés, de Madame Dussert présentant l'assurance invalidité, pour ne citer que ces trois personnes.

Je découvre ainsi tout un pan, très riche, de la législation sociale française. Ma culture générale s'enrichit aussi : pour ne citer qu'un exemple, avec le cours sur le contentieux, je parviens à mieux maîtriser l'organisation judiciaire de notre pays.
Les interventions réalisées par les différents responsables sont très intéressantes et concrètes, avec des cas vécus au quotidien : elles nous permettent de commencer à bien appréhender notre futur travail.

 

Les notions générales acquises, nous entrons dans la spécialisation avec les cours sur les différentes législations : maladie – maternité –invalidité – décès. Dans ce domaine, c'est Mademoiselle Odette Bénad, alors employée principale au service des prestations, qui a la main.
Ce sont plus précisément toutes ces connaissances techniques qui nous permettront de traiter par la suite, les dossiers des assurés.

 

Tous ces cours nécessitent bien sûr un effort d'assimilation important, un peu proche il faut bien l'avouer du bachotage. Mais comment faire autrement ? Il faut bien apprendre avant d'agir ! Avec l'étude des cours, les soirées sont ainsi bien remplies.

 

Heureusement, des séances de travaux pratiques en groupe, habilement animées par Mademoiselle Yvonne Chassagne bien secondée par Madame Claire Louisia, viennent bientôt agrémenter les journées, avec des exercices d'application de la législation, puis très vite, les premiers pré-décomptes à partir de dossiers réels, sélectionnés dans les services. Ces séances animées de manière interactive et sous une forme parfois ludique, nous mettent réellement le pied à l'étrier.

 

Pour les prestations en nature, c'est assez simple et nous nous y faisons vite : nous apprenons par exemple à vérifier la posologie des médicaments. Pour les analyses médicales et d'autres prestations (appareillage, transports sanitaires...), la tradition veut que nous consultions le contrôleur pré-médical, Monsieur Segondy et son accord est obligatoire pour que le dossier franchisse le cap du service vérification. Ce monsieur nous paraît ainsi investi d'un pouvoir bien grand !

 

Pour les prestations en espèces, c'est un peu plus compliqué : c'est franchement un « casse-tête » quand il s'agit de compter les 360 indemnités journalières voire de faire renaître les droits. Que c'est difficile aussi pour le formateur de faire comprendre cette démarche. Je m'en apercevrai mieux d'ailleurs dans quelques années quand je serai moi-même formateur.

On nous sensibilise aussi aux bonnes règles de comportement : comment accueillir un assuré social au guichet ? Comment répondre correctement au téléphone ? Des jeux de rôle sont réalisés avec des agents de direction. Je me rappelle personnellement de mon dialogue avec Monsieur Gilbert Condat, alors agent comptable, je n'en menais pas trop large mais il paraît que je ne m'étais pas si mal débrouillé que çà. D'autres cadres, comme Monsieur Edmond Bourzac, participaient aussi à ces mises en situation. Ces exercices un peu contraignants au premier abord se révèlent vite très importants : ils nous permettent de prendre conscience d'un certain nombre de phénomènes : meilleure connaissance de soi, relation à autrui. On mesure aussi que ce n'est pas toujours facile de « se jeter à l'eau ».

 

Technicien ! ouf ! enfin .

 

« Tout au long de la session, des interrogations écrites et orales permettent de faire le point de nos connaissances. Les résultats des premières, toujours remis en présence de la direction et des principaux responsables, ce qui est quelque peu impressionnant, constituent comme un baromètre de notre investissement dans l'institution. Comme dans toute session de formation, il y a les bons élèves el les moins bons, les assidus et ceux qui le sont moins. Pour les premiers, c'est un encouragement, pour les seconds qui suivent parfois les cours un peu en dilettante, une incitation à mieux faire.

 

L'examen final avec une interrogation sur l'environnement institutionnel, un sujet technique et la réalisation d'un « grand décompte » vient sanctionner la scolarité. La formation maison ne prévoit pas la remise d'un diplôme et les stagiaires qui en voudraient un devront passer l'examen Ucanss. Tous les stagiaires de cette session sont finalement reçus et se voient ouvrir la porte des services pour effectuer leur stage pratique : c'est le passage à la liquidation, comme on dit. C'est alors l'apprentissage réel du métier de technicien sous l'égide de l'employé principal du service où chaque agent est affecté. Cette sorte de « tuteur avant l'heure » va nous conseiller, nous aider à nous intégrer mais aussi vérifier notre travail surtout au niveau des correspondances adressées aux assurés et des liaisons avec les autres services. Trois mois encore seront nécessaires pour parvenir à la titularisation et avec elle à une certaine autonomie dans l'accomplissement de notre travail, mais nous serons encore bien loin de connaître toutes les ficelles du métier. »

 

En conclusion

 

« Outre les connaissances acquises sur la Sécurité sociale et la législation, le cours de techniciens représente une période riche du début d'une vie professionnelle : les premiers liens sont tissés entre collègues et avec les différents intervenants de la formation. Avec cette formation et le stage pratique qui suit, c'est un véritable métier qui est enseigné. C'est un avantage considérable pour des personnes qui étaient souvent au sortir du système scolaire, sans véritable spécialisation et à qui se voient ainsi ouvertes la stabilité de l'emploi.
C'est aussi pour celles et ceux qui le souhaitent la perspective avec la formation permanente proposée par l'Institution, d'une évolution de carrière prometteuse.

Sur un plan plus philosophique, une conscience apparaît chez le nouveau technicien qui est désormais un maillon, certes modeste, mais un maillon tout de même, de la chaîne de la protection sociale en France. »

 

Dominique PALLANCA
Juin 2013.