Fils d'Ariane


 

TEMOIGNAGE N°34

 

 

 

L’école des élèves-techniciens

 

 

de la Caisse Primaire d’Assurance maladie

 

 

du Puy de Dôme.

 

 

Pierre BORDES

 

 

« En novembre 1971, j'avais été muté à la Caisse primaire du Puy de Dôme pour remplacer monsieur Ricoux nommé au poste de sous-directeur.
Je venais du service des retraites de la Caisse régionale. Récemment diplômé du Centre d'études supérieurs de Sécurité Sociale, j'étais un jeune cadre de vingt-huit ans sans expérience. Une chance me fut donnée par mademoiselle Poux, directrice de la Caisse Primaire et son équipe de direction. Le 16 novembre 1971 je prenais possession de mon bureau situé sur la galerie surplombant le hall d'accueil des assurés. J'avais la responsabilité de la division: contentieux-immatriculation-central-dactylo-formation.


Dans les premiers mois de 1972, je fus chargé de la formation des techniciens des prestations de l'assurance maladie.je devins en quelque sorte le professeur-principal de véritables classes qui ne duraient que trois mois ; Les élèves étaient en majorité de jeunes bacheliers venant d'être recrutés sur concours et quelques agents ayant plusieurs années d'ancienneté comme employé d'ordre ou aux écritures. A chaque session, organisée deux fois par an, leur nombre variait entre quinze et vingt. Certains élèves avaient un niveau scolaire reconnu et d'autres une expérience professionnelle alliée à une ferme volonté de réussir leur promotion sociale en passant d'employé à technicien de Sécurité Sociale. De 1972 à 1974 j'ai assumé l'animation et le suivi de quatre sessions.

Quarante années après j'en conserve un excellent souvenir, cette période a marqué durablement le début de ma carrière. Depuis j'ai toujours aimé la formation et le perfectionnement du personnel. J'ai toujours été admiratif des ressources des personnes qui aspiraient à une meilleure situation sociale et professionnelle. La réussite dépend avant tout de la dose d'efforts personnels, combien de fois ais-je été étonné et fier des résultats obtenus.
J'étais heureux de prendre en charge la formation des techniciens, j'allais moi-même être obligé de mieux connaître la législation de l'assurance maladie et mettre à disposition des services de liquidation des agents immédiatement 'productifs' de décomptes.

A cette époque l'automatisation se préparait, les dépenses de santé progressaient de l'ordre de 10% par an ainsi que le nombre de feuilles de soins. Les services de prestations étaient de véritables entreprises de remboursements. Les services étaient souvent débordés par l'affluence saisonnière des feuilles de soins. Le personnel était soumis à des normes de productivité, une certaine atmosphère du type ''industriel'' se dégageait des services de liquidation des prestations maladie. Il fallait périodiquement résorber d'énormes stocks de feuilles de soins. Pour faire face, de nouveaux agents devaient arriver en renfort. Il valait mieux qu'ils soient bien formés pour être rapidement productifs. La Caisse du Puy de Dôme fit alors l'effort de créer des sessions de formation de ses techniciens. Les sessions mises en place au niveau national par la FNOSS puis l'UNCANSS, en raison de leur calendrier et de leur durée ne permettaient pas de répondre aux besoins urgents de la Caisse primaire. Ainsi la formation dite « maison » ne débouchait pas sur un diplôme reconnu de technicien de Sécurité sociale option assurance maladie. C'était une sorte d'apprentissage en alternance au sein même de l'entreprise. Ce système fut le seul à se révéler efficace à la fois pour l'employeur et pour le salarié. »


La classe en apprentissage


« Les cours se déroulaient dans une salle située sur la galerie proche de mon bureau et des agents de direction. Pour s'y rendre il fallait passer devant le bureau de la directrice .Les horaires étaient les mêmes que ceux du personnel. Les cours étaient donnés le matin et les travaux pratiques se déroulaient l'après midi, des pauses de quinze minutes étaient autorisées à 10h30 et 15h30. Les méthodes d'enseignement étaient très scolaires. Les élèves devaient quotidiennement apprendre les cours chez eux, le soir. Un contrôle périodique des connaissances était organisé. Les copies notées étaient remises chaque fois avec solennité en présence des enseignants et de la directrice où du directeur adjoint monsieur Bourrut-Lacouture. Les élèves, déjà fortement motivés pour réussir, comprenaient que leurs résultats étaient suivis de près par la direction. Effectivement, la plupart subirent avec succès cette formation. Je n'ai pas de souvenirs d'abandons ou d'échecs. J'ai conservé dans ma mémoire la somme d'efforts fournis et l'esprit de réussite qui y régnait. »


Les formateurs


« Le corps enseignant »était constitué de plusieurs intervenants.
D'abord, deux agents de maîtrise, Odette Bénad et Yvonne Chassagne, techniciens reconnues du service maladie, devenues ensuite cadres, assumaient l'enseignement de la législation maladie le matin et la mise en application pratique l'après-midi. Ces collègues très motivées et disponibles effectuaient un remarquable travail. Il fallait qu'elles fassent œuvre de pédagogie le matin dans l'enseignement des cours de législation et d'un sens très pratique pour la recherche et le traitement de vrais dossiers d'assurés chaque après-midi. C'étaient la cheville ouvrière de la réussite de ces classes. Leur investissement personnel était total, elles ont fourni une somme de travail considérable.

Pour ma part j'avais un rôle d'organisateur. J'établissais le programme et le calendrier de chaque session ainsi que le suivi de la gestion du personnel. J'assumais aussi les enseignements dits généraux ou des parties communes (PC).Je débutais la première séance de trois heures par l'histoire de la protection sociale. J'aimais faire ce cours, il me permettait d'accrocher les élèves à l'intérêt du social et du service rendu aux assurés. Le lendemain matin, le deuxième jour, je traitais de l'organisation de la Sécurité Sociale et le troisième jour de l'immatriculation, de l'affiliation des assurés ainsi que de l'assujettissement des entreprises.

J'intervenais ensuite plus tard pour expliquer l'organisation judiciaire et du contentieux de la Sécurité Sociale. Avec les encouragements de la direction, j'avais innové en créant une séance intitulé « relations avec les assurés ».Après quelques apports théoriques les élèves devaient répondre, chacun leur tour au téléphone, à un appel d'assuré. Un débriefing était ensuite réalisé en exploitant l'enregistrement de mon magnétophone personnel. Ce sont des collègues comme Mademoiselle Serre, messieurs Bourrut-Lacouture, Condat, Rancillac, Bourzac qui posaient les questions censées provenir d'assurés.


D'autres responsables de service apportaient leur contribution

Monsieur Moins venait deux matinées pour les cours théoriques sur les accidents du Travail. Monsieur Mallet assurait une séance sur l'assurance invalidité.


A l'issue de chaque séance un cours polycopié était remis à chaque élève, il leur était conseillé de le lire le soir même. Les deux séries de cours : parties communes(PC) et parties spécialisées(PS) reprenaient dans une large part le contenu des cours nationaux de l'Uncanss. Il fallait que les enseignants les valident à chaque session et que le service reprographie les tirent.


On peut mesurer ici l'effort consenti par la Caisse primaire. C'était une ardente obligation pour faire face au besoin de main d'œuvre afin d'accomplir la liquidation des feuilles de soins dans des délais raisonnables.


La Caisse avait été, par obligation, pionnière dans la mise en place de l'apprentissage en alternance débouchant sur un emploi et un contrat de travail à durée indéterminée.


C'était l'époque où l'Assurance maladie avait besoin de main d'œuvre.
Aujourd'hui c'est un autre temps et une autre époque... »


Pierre Bordes- juin 2013
Ancien président de l'Araehss